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Soucieuses de leur environnement, les populations de Bargny s’opposent à la construction d’une centrale à charbon

A l’occasion de la journée de l’environnement célébrée le 5 juin dernier, les populations de Bargny, par l’intermédiaire des responsables de l’association “Takkom Jerry” et de l’ONG Lumière, synergies au développement, ont réitéré  leur opposition à la construction d’une centrale à charbon dans le périmètre de leur commune. Elles sont déterminées à alerter l’opinion publique sur les méfaits que la construction de cette centrale, initiée par l’ancien régime, aurait sur le quotidien des habitants. 

A l’occasion de la journée de l’environnement, les populations ont manifesté
Manifestation à Bargny

Manifestation de la population de Bargny

Leur porte-parole a rappelé que : « L’État du Sénégal avait décidé, pour combler son déficit énergétique, de procéder à la construction de deux centrales de 125 et 250 mégawatts ».
D’après Mr Dieng, « le site choisi pour l’érection de la centrale à charbon se situe au cœur de notre commune. Elle est délimitée de part et d’autre par le populeux quartier de Miname au sud, lequel abrite en son sein une école élémentaire, une case de santé, et des cimetières (…) en outre, l’aboutissement de ce projet ne sera pas sans incidence sur cette volonté de revitalisation des récifs conçus pour être la nurserie idéale du produit marin ». Brandissant des pancartes où on peut lire le slogan « Non au charbon », les populations ont décidé de porter plainte contre l’Etat au niveau de l’Organisation de coopération et de développement économique (Ocde) pour montrer toute leur détermination. La Banque africaine de développement, partenaire financier du projet, a également été saisie par le collectif qui renseigne qu’aucune audience publique n’a été tenue pour la validation de ce projet comme la réglementation le souhaite.

La construction bloquée par les bailleurs

Il faut rappeler que la construction  de l’usine de 125 mégawatts est à l’arrêt à cause de la suspension du  financement par les principaux bailleurs qui ont décidé d’avoir une idée claire  sur les impacts de ce projet sur la santé des populations et sur  l’environnement, avant de continuer les décaissements.

Lors de l’inauguration de la centrale électrique de Kahone, le chef de l’Etat a réaffirmé son optimisme de voir aboutir la construction des deux centrales à charbon de Sendou, à Bargny-Minam. Macky Sall avait surtout dit que le projet a connu un arrêt sans livrer les raisons. En effet, depuis près de trois mois, le chantier de  la centrale de 125 mégawatts  est dans l’impasse.  La raison en est que les principaux bailleurs de ce projet énergétique  de 140 milliards de francs Cfa ont suspendu leurs contributions financières. Il s’agit notamment de la Banque africaine de développement (B.A.D.) qui finance à hauteur de  37%, de la F.M.O. qui est la Banque de développement néerlandaise pour le développement  (23%), de la C.B.A.O. (15%) et  de la B.O.A.D. (25%).  Face aux risques environnementaux et sociaux de ce projet  relevés par les populations  environnantes, les partenaires financiers avaient fini de commanditer un audit social et environnemental. Mais les mesures correctives préconisées dans le rapport de contre expertise établi par  le cabinet Pb power engagé par la Fmo n’ont pas été appliquées par la Compagnie d’électricité du Sénégal (Ces), maître d’œuvre de ce projet au nom de la Senelec. Elle a confié la réalisation de l’ouvrage à l’entreprise suédoise Nykomb Synergetics development Ab.

Méfaits socio-environnementaux

La F.M.O. et ses associées veulent  voir  plus clair sur les  risques sociaux et environnementaux à Bargny-Minam. Depuis janvier, les banques représentées par les cabinets Monkey Forest, Kadd Consulting et Earth System  ont signifié à la Ces, leur décision de suspendre les décaissements jusqu’à une prise en charge plus adéquate des préoccupations des populations, à la suite d’une discussion avec les représentants de ces dernières.
L’étude d’impact environnemental et social réalisée en 2009, a relevé plusieurs probables impacts négatifs dont l’émission de gaz toxiques comme le NOx ( de l’oxyde d’azote), des rejets d’eaux chaudes sur la mer qui, à ce niveau, accueille une niche de reproduction de poissons financée par la Banque mondiale à hauteur de 200 millions de francs Cfa.   La Ces veut par ailleurs ériger ses centrales à charbon  à côté du site de transformation du poisson de Khelcom. A ce jour, aucun espace de recasement n’est proposé à ces femmes, mais aussi aux bénéficiaires (victimes de l’avancée de la mer) des lotissements de Minam, une terre que la Ces occupe et qu’elle avait achetée bien avant. Les bailleurs ont invité la Ces à instaurer un cadre de dialogue inclusif avec les populations.

Etant donné que leur responsabilité morale serait engagée sur d’éventuelles conséquences néfastes de l’usage du charbon, la  B.A.D. et la F.M.O. ont bloqué les lignes de crédits destinés à la construction de cette centrale, en attendant que  la Ces se mette à respecter leurs conditions. Le gouvernement n’est pas moins sensible à ce blocage et des initiatives sont prises d’après le ministère de l’Energie.

Les travaux suspendus

Du côté des populations et selon les responsables du collectif de lutte contre le projet, le combat semble porter ses fruits. Bien que les travaux soient suspendus, ils préfèrent ne pas dormir sur leurs lauriers et craignent que ces travaux ne redémarrent à tout moment.

Au-delà de la plainte et des correspondances adressées aux organismes internationaux, ces derniers investissent les familles religieuses pour les sensibiliser sur le danger que représentent ces centrales à charbon.

 

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