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Portrait : Professeur Ibrahima Wone, le maître du subjonctif nous a quittés…

Professeur Ibrahima Wone s’en est allé sur la pointe des pieds. Mais cet homme était si admirable que nous ne pouvons passer sous silence une si grande perte pour le Sénégal et pour sa famille. Homme de science, érudit du Coran, époux et père exceptionnel, voilà un homme qu’on aurait pu compter parmi les grands savants du monde s’il l’avait voulu. Mais il avait choisi d’orienter sa vie autrement.

Un intellectuel exceptionnel

Il est entré à l’école française à l’âge de 12 ans quand ses camarades y étaient déjà à 7 ou 8 ans. Son père un riche commerçant érudit du Coran, tenait à ce qu’il termine son apprentissage du livre saint d’abord avant d’aller à l’école des blancs. Bien lui en a pris car, avec lui, l’expérience s’est avérée exacte que le Coran ouvre l’esprit et permet d’assimiler toute autre science que l’on veut acquérir. C’est ainsi qu’une fois à l’école française Professeur Ibrahima Wone devançait tous ses camarades, de sorte qu’on lui faisait sauter les classes, le trouvant trop intelligent pour le niveau où il était.

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L’homme de toutes les sciences

Il sera très vite admis à la prestigieuse école William Ponty de Sébikotane, d’où il sortira pour être admis à l’école de médecine, réservée aux meilleurs élèves. Devenu médecin, Professeur Wone gravira tous les échelons de cette profession, de l’agrégation à l’acupuncture, la médecine chinoise qui neutralise la douleur avec les aiguilles.

Pour le grand Professeur Ibrahima Wone, la science n’avait pas de limites, il était capable de tout assimiler. Et quand il s’exprimait dans la langue de Molière, on penserait à un membre de l’Académie française, en tout cas il n’avait rien à leur envier. Et justement, dans le maniement de la langue française, le si difficile temps du subjonctif qui donne tournis et maux de tête même aux plus grands intellectuels du français, ne présentait aucune difficulté pour lui.

Et c’est ainsi que, quand il présidait ou était membre d’un jury de thèse de médecine ou de pharmacie, l’amphithéâtre était plein à craquer. C’était un délice de l’écouter parler car toutes ses phrases étaient conjuguées dans ce subjonctif si inaccessible au commun des mortels, alors que pour lui c’était un jeu d’enfant. C’est dans ce temps du subjonctif qu’il commentait la thèse, émettait critiques et éloges à l’endroit de l’étudiant qui était en face de lui et à qui il finissait toujours par décerner toutes les mentions du jury dont la mention suprême « très honorable » !

Il avait cette capacité de galvaniser les étudiants, et a ainsi contribué à former des générations d’excellents médecins ! Je n’ai jamais eu hélas la chance d’en faire partie ou d’assister à un cours qu’il dispensait, car étant littéraire, mais mes promotionnaires qui suivaient ses cours ne tarissaient pas d’éloges sur mon oncle. Et apparemment il n’y avait nul besoin d’apprendre longtemps ses leçons car, quand on suivait son cours régulièrement, grâce à son  verbe impeccable, on arrivait à le retenir assez facilement.

Un homme exceptionnel

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Professeur Wone et son épouse lors de la fête de l’Eid El Fitr

Mon oncle il l’était de par nos liens de parenté, de par l’amitié qui le liait à mon père et des liens du mariage qu’il l’unissait à ma grande cousine germaine, Fatimata Ly, fille de la grande sœur de mon père, Djiba Kane. Il fut un époux fidèle qui voua une affection et une protection sans faille à son épouse leur vie durant. Un époux comme lui on en trouvera plus.

Un père exceptionnel

Aucun de ses enfants ne le démentira il était un père exceptionnel. Il aimait ses enfants et les a choyés dans leur enfance comme à l’âge adulte, étant en permanence à l’écoute de leurs moindres soucis. Ses petits enfants ne me démentiront pas non plus car il était également un grand-père attentionné et plein d’affection. Cependant, tout affectueux qu’il était, le Professeur était un homme rigoureux et sévère, avec une grosse voix qui faisait se planquer tout le monde, petits et grands, quand on avait la mauvaise idée de perturber sa sieste en parlant fort, ou alors quand on se permettait d’écouter de la musique à haut volume chez lui, erreur que les habitués de la maison ne commettaient jamais. Sa maison était ouverte à tous et bien des générations d’étudiants ou toutes sortes d’individus y sont passés à qui il aimait donner affectueusement des surnoms. Ma cousine Fatou Ly le secondait bien et préparait toujours une marmite bien large qui nourrissait tout le monde à satiété. Personnellement, j’attendais impatiemment les vacances pour débarquer à Diourbel, à Dakar Sicap Jet d’Eau ou à Fann Résidence.

Le Coran son premier compagnon

Autant on pouvait louer le Professeur pour ses capacités intellectuelles exceptionnelles, autant on le pouvait pour ce qui était de sa religion. Erudit du Coran, il ne faisait aucune concession pour la pratique de la prière. Quand on séjournait chez lui on se pliait à la règle, la prière se faisait ensemble sous sa direction : tôt le matin pour la prière du Fajr (lever du soleil), tout le monde devait être sur pieds ! Pas de pitié, même pour les enfants, il fallait se réveiller pour prier, et ainsi de suite pour toutes les autres prières, de sorte que le pli était pris pour les enfants devenus adultes, à ne négliger sous aucun prétexte la prière. Pour ses filles, il était hors de question d’être dehors jusqu’à la prière de magreb (coucher du soleil), quelque soit l’occasion ou la sortie, elles se dépêchaient de rentrer à la maison avant le coucher du soleil.

Que dire de plus sinon qu’il a dirigé la mission médicale du hajj pendant des années effectuant ainsi le pèlerinage à la Mecque des dizaines de fois. Il s’est éteint tranquillement samedi 24 septembre 2016, un jour avant sa compagne de toute une vie. La vie en ce bas monde est une mission que l’on accomplit bien ou mal ? Lui et son épouse la douce, affectueuse, belle Fatou Ly ont parfaitement joué leur partition et nous en sommes témoins.

Tata Fatou Ly

Tata Fatou Ly

Professeur Wone était plus qu’un grand-père, père ou professeur, c’était une institution. Ses étudiants gardaient un contact étroit avec lui partout en Afrique, pour sa famille proche et large, il était une référence et il en était de même pour certaines personnes pour qui il était un maître spirituel auprès de qui ils aimaient venir se ressourcer. Ce genre de personne laisse un vide que seul le temps peut combler, d’autant plus que son épouse qui aurait pu combler un tant soit peu ce vide l’a suivi le lendemain. Qu’Allah Tout Miséricordieux les accueille en son Paradis Firdaws !

Comme on dit chez nous, Dieu fasse surtout que le « thiat » (les méfaits de la langue) ne les suive pas dans leur tombe, car leur belle fin en a fait couler de la salive. Et qu’Allah (SWT) nous donne à nous aussi leurs enfants, la chance d’accomplir notre mission sur terre d’une aussi belle manière. Amen !

Yoyo pour les intimes ou la Yoyal

1 Comment

  1. Issa WONE dit :

    Bien rendu tata Yoyo! homme et femme exceptionnels en effet, qui avaient choisi de vivre heureux, donc cachés. Il nous reste à prier pour eux, sachant qu’ils nous observent, de là où ils se trouvent!

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