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L’accès des femmes à la terre, un chemin parsemé d’obstacles

Le foncier au Sénégal demeure une réalité très complexe et sa gestion administrative se révèle souvent problématique au niveau des communautés locales. Cette difficulté tient à la multiplicité des acteurs et des pratiques dans ce secteur et aux tensions occasionnées par la rareté croissante des ressources foncières. Dans les ménages ruraux, les femmes paysannes sont chargées de la production vivrière mais contribuent aussi à la production des cultures de rente au même titre que les hommes.

Pour autant, les droits d’accès des femmes aux facteurs de production (notamment la terre) restent très limités. Ceux-ci sont régis par des pratiques qui leur sont très défavorables.

Les femmes accèdent au foncier par divers procédés dont les plus courants sont l’accès par le biais de la famille et/ou à travers les organisations de femmes.

L’accès à travers les organisations féminines peut se révéler sécurisant au plan légal si l’affectation est avalisée par l’autorité locale compétente qu’est le Conseil Rural. La plupart des associations féminines ne bénéficient cependant que d’un accès précaire et même dans les cas où les prés requis légaux sont assurés, c’est l’insuffisance des surfaces allouées, le manque d’eau, la qualité des sols et le manque de moyens pour les exploiter qui en limitent la portée.

Cette situation d’insécurité est aussi accentuée par le caractère révocable des droits fonciers des femmes liés au statut matrimonial. En effet le mariage prive souvent la jeune fille d’un accès à la terre au sein de sa belle-famille ; le divorce ou le veuvage constituent également des causes de dépossession de terres au niveau de sa belle-famille.

De multiples obstacles à franchir

Plusieurs contraintes et obstacles se dressent face à une affirmation et une effectivité des droits fonciers de la femme. Premièrement, les institutions et normes qui régulent le fonctionnement de la société traditionnelle et la gestion des ressources naturelles continuent de maintenir les femmes rurales dans une position marginale.

Deuxièmement, des aspects d’ordre financier peuvent aussi être identifiés comme obstacles pour un accès sécurisé des femmes. En effet, les femmes manquent de ressources financières et de moyens de production pouvant leur permettre un accès sécurisé à la terre et une mise en valeur efficiente. Dans les zones où les transactions foncières sont fortement monétisées, ces difficultés financières réduisent largement leurs possibilités.

Troisièmement, les contraintes techniques, quant à elles, se posent en termes de manque d’encadrement, de ressources productives (semences, engrais, etc.) et de moyens de production (équipements agricoles modernes) pouvant assurer aux femmes une autonomie de production et garantir les possibilités d’une production à grande échelle.

Quatrièmement, le manque d’instruction des femmes est aussi souvent cité comme une contrainte limitant un accès sécurisé au foncier. En effet, l’analphabétisme et le faible niveau d’instruction de la majorité des femmes constituent un frein pour leur accès à l’information et à la connaissance des lois et procédures d’attribution des ressources.

La femme travaille la terre autant que l'homme

La femme travaille la terre autant que l’homme

De la nécessité de lever les contraintes structurelles

Il est à déplorer que l’élaboration des politiques sénégalaises concernant les activités et les préoccupations des femmes obéît toujours à une planification aveugle, les données fiables sont rares et éparses et pourtant elles sont nécessaires à un meilleur ciblage et une optimisation de l’intervention de l’Etat et des partenaires au développement, par une formulation plus coordonnée et harmonieuse des politiques et programmes destinés aux femmes.

Et pourtant malgré ces contraintes, il va sans dire que la sécurité alimentaire et la lutte contre la pauvreté généralisée passent par les femmes. Les femmes qui représentent  52% de la population totale, 39 % de la population active, 70% de la force de travail en milieu rural où elles assurent près de 80% des activités de transformation de la production agricole et 70% des actifs du secteur non structuré ne demandent qu’à être impliquées et soutenues pour donner preuve de leur engagement au service de leurs collectivités respectives. Le succès du plan Sénégal Emergent dépendra de la capacité de l’Etat à apporter des solutions viables et durables à la condition des femmes rurales. Parce qu’il ne doit surtout pas être une aubaine pour les spéculateurs fonciers, ni les gros producteurs, mais se doit d’être avant tout une volonté politique affirmée et une rampe de transformations structurelles et structurantes profitables à toutes les couches de la population. Il est temps de changer les mœurs et les pratiques politiques en vigueur et il revient donc aux femmes rurales qui jouent un rôle clé dans le développement de ce pays de ne pas se laisser reléguer au second plan.

Pour se faire, il va falloir lever les contraintes majeures auxquelles les femmes rurales sont confrontées. Celles-ci sont liées aux aspects socioculturels, aux dispositions législatives et réglementaires peu favorables, l’accès à l’information économique et aux marchés porteurs et solvables, la formation et l’éducation en entrepreneuriat, la disponibilité et l’accessibilité à des structures  d’appui et de conseil et enfin l’accès à des financements adaptés à leurs besoins de création ou de développement.  

D’autres actions comme la vulgarisation des textes et lois en matière de foncier, le renforcement des capacités des acteurs locaux (y compris l’encadrement juridique) peuvent être encouragées. La diffusion de la loi islamique sur l’héritage qui touche aussi les terres ainsi que l’impulsion de campagnes de plaidoyer contre l’accaparement des terres avec l’implication des décideurs politiques comme les parlementaires ou les élus locaux sont aussi salutaires.

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