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Femme, Ambassadeur, Fatoumata Sire Diakite defend les droits des femmes au Mali

Dans le cadre du mois de la femme, votre site se propose de vous faire le portrait de femmes aussi performantes, sinon plus, que les hommes, dans différents domaines, ici au Sénégal ou en Afrique. Debbosenegal vous propose aujourd’hui le portrait d’une femme battante ancienne ambassadeur mais qui continue à servir son pays et ses soeurs dans un domaine encore plus important. Présidente de l’Association pour la promotion et la défense des femmes (Apdf), équivalent de notre Boutique du Droit au Sénégal, Fatoumata Siré Diakité, ex-ambassadeur du Mali en République fédérale d’Allemagne se bat pour la promotion du droit des femmes.

Elle est sur tous les fronts : violences faites aux femmes, état civil des enfants et des couples, défense du foncier, défense des droits civiques. Son Excellence se bat, se fixe des objectifs et les atteints. Elle répond ci-dessous aux questions de nos confrères maliens.

logo itw: Excellence quel est le bilan de l’APDF depuis sa création ?

Le bilan de l’APDF est globalement positif. Car nous nous sommes fixés pour objectif de créer un centre d’hébergement des femmes victimes de violences et nous l’avons créé ici à Bamako, avec 40 lits. A Mopti également, nous avons un centre pareil avec 20 lits, avec des salles de prises en charge psychologique et médicale. De 2015 à nos jours, ce sont plus d’une cinquantaine de femmes qui ont bénéficié de consultation psychologique.

De janvier 2015 à aujourd’hui, plus de 300 femmes ont été écoutées par l’Apdf dans le domaine de l’aide juridique et l’assistance judiciaire. Et 6O ont bénéficié d’une prise en charge médicale. Même en début de cette semaine, nous avons reçu un couple en manque de communication. Pour la petite histoire, le mari voulait impérativement que sa femme travaille, qu’elle soit active avec son diplôme. Nous avons réglé ce différend en offrant à la jeune femme un stage à l’Apdf. Nous recevons quotidiennement des couples de ce genre avec des motifs différents.

logo itw: Il y a des femmes qui viennent vous voir aussi pour des problèmes fonciers, des problèmes d’héritage ?

En effet, rien que dans la journée d’hier, nous avons reçu une femme de Bafoulabé dont le mari est décédé. Bien vrai que son mari défunt a des héritiers, le maire de la localité a transféré le titre de propriété de sa maison au nom du frère du défunt, avec pour argument que le défunt mari avait déjà une maison à son nom et pourquoi ne pas donner celle-là. Vous avez vu comment les choses sont compliquées ?

logo itw: Vous vous battez aussi pour la régularisation de l’état civil des populations

Dans nos différentes actions sur le terrain, nous avons donné des actes de naissance aux enfants de Tombouctou et Gao qui sont nés sous la crise car l’acte de naissance est le premier document administratif et civil d’une personne. Nous en avons donné 1 200 à Gao, 1 000 à Tombouctou. Nous allons faire 1 500 à Kidal, mais cette fois-ci ce ne serait pas avec les enfants nés sous la crise, mais les enfants nés entre 2009 et 2015. Et nous projetons de prendre en charge l’inscription des filles de Kidal à l’école pour la première année en leur donnant en même temps les fournitures scolaires. Après Kidal ville, nous allons établir des actes de naissance pour les enfants de Tessalit, à la demande du député de cette localité. Hombori et Douentza font partie de notre plan d’actions pour 2016.

logo itw: Toutes ces actions demandent forcément des moyens. D’où tirez- vous donc vos ressources financières ?

Nous faisons toutes ces actions grâce à l’accompagnement de nos partenaires. C’est l’occasion pour nous de les remercier pour leur confiance. Ces partenaires savent aussi que quand ils nous donnent de l’argent pour quelque chose, c’est dans cela que nous l’investissons. C’est pourquoi, nous prenons soin aussi de leur envoyer les rapports des différentes activités. En plus d’une Ong allemande qui nous finance, tous les ans pour les actes de naissance, nous partons aussi vers le secteur privé comme la Fondation Bank of Afrika qui nous appuie beaucoup. Bref, nos partenaires sont nombreux. Je tiens aussi à vous préciser que nous célébrons des mariages civils entre des couples qui sont mariés de façon coutumière. Pour votre information, certains de ces mariages sont vieux de plus de 30 ans.

logo itw: Quelles sont vos actions dans le cadre des violences faites aux femmes et la protection des droits des femmes

Nous faisons la formation des hommes afin qu’ils soient nos ambassadeurs contre les violences faites aux femmes. Nous avons fait également la formation de la chaine professionnelle qui s’occupe de ces violences, à savoir les médecins, les policiers, les gendarmes, les magistrats, les avocats et les gardiens de prisons. Toute cette chaine de formation a été préparée par nos soins afin de les amener à un changement de comportement pour qu’on puisse avoir des points focaux au niveau de ces différents services.

logo itw: Dans le cadre de la protection des droits des femmes, avez-vous un appel à lancer aux autorités et aux femmes maliennes ?

J’invite les autorités à avoir une volonté politique affichée et progressiste car nous avons eu la loi sur la promotion du genre, mais nous, à l’Apdf, nous pensons que les femmes maliennes méritent plus que les 30% qui demeurent en deçà de l’engagement des femmes dans le développement de notre pays. Les femmes sénégalaises en sont à la parité. Elles ne sont pas meilleures que nous dans le cadre de leur implication dans la vie active. Si nous commençons par 30%, quand atteindrons-nous la parité ? Par ailleurs, je demande aux autorités de faire en sorte que le code de la famille et des personnes qui a été adopté dans la précipitation et sous le chantage en 2011 soit déposé sur le bureau de l’Assemblée nationale pour qu’elle soit en phase avec nos époques et les réalités du pays.

L’autre phénomène sur lequel je vais insister, c’est le fait que, de plus en plus de femmes sont tuées par leur conjoint. Cela est inacceptable et inadmissible. Nous avons assisté ces derniers temps à des scènes horribles et aucun membre du gouvernement n’a réagi pour condamner ces actes barbares, je voudrais parler du cas Kamissa et d’autres. En plus de cela, une autre fille a reçu plusieurs balles de son mari. La fille est parvenue à faire condamner l’auteur des coups à cinq ans de prison au tribunal, avant que la justice, après appel de son bourreau, ne le blanchisse encore plus tard. Ce sont ces injustices judiciaires dont les femmes sont victimes. Les femmes maliennes ont besoin de justice. L’appel que j’ai à lancer aux femmes, c’est de les inviter à l’unité. Nous devons mettre de côté nos ambitions personnelles afin que les autorités puissent prendre au sérieux nos préoccupations.

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